Netizium
grande enseigne colorée avec des animaux de la savane africaine disposée devant une végétation luxuriante

Parc Zoologique de Cerza

Exploré le · 6/7Excellent

Lieu

80 hectares de bocage normand à dix minutes de Lisieux. Le parc tourne depuis 1986 et loge environ 1 500 animaux sur 151 espèces (cerza.com). Le terrain est vallonné, boisé, et ils l’ont largement laissé comme ça. Deux circuits à pied, jaune côté Asie et rouge côté Afrique, plus un petit train compris dans le billet.

Pas d’éléphants. C’est Elisa qui m’a expliqué pourquoi pendant qu’on marchait : un éléphant réclame à lui seul une surface énorme, et plutôt que d’en caser un dans un espace trop juste, Cerza préfère ne pas en avoir du tout.

Visite

10h12 au tourniquet. On repart vers 17h. On ne pensait pas rester autant.

Le matin, chemin jaune. Le grand tour côté Asie, sans se presser, dans les montées. On avait sauté le petit-déjeuner, donc, pause sandwich jambon-beurre sur un banc, un peu avant midi, proche du tapir de Malaisie.

Le petit train. Il est compris dans l’entrée, en fait il ouvre des zones qu’on n’atteint pas à pied, ce qui en fait autant une visite qu’un transport.

L’après-midi, chemin rouge, côté Afrique, rythmé par les goûters.

À 14h, les suricates. Consigne ferme : interdiction de les toucher, sous peine que celui qu’on aura tripoté se fasse rejeter par les siens.

Ce que j’en avais retenu sur le moment, c’est qu’ils ne se reconnaissent pas entre eux à la vue. On en déduit facilement qu’ils voient mal. J’ai même gardé le mot « aveugles » en tête pendant tout le retour. C’est l’inverse. Le suricate repère un rapace à plus d’un kilomètre, ses cernes noirs lui font des lunettes de soleil contre la réverbération du désert, et ses pupilles horizontales lui donnent un champ panoramique sans même tourner la tête. Il distingue de très loin un vautour, inoffensif, d’un aigle qui va lui tomber dessus (Larousse).

Sauf que cet œil-là est un radar braqué sur le ciel. Il sert à voir venir la mort à un kilomètre, pas à identifier le cousin à trente centimètres. Ça, c’est le travail du nez. Chaque suricate frotte ses glandes anales sur le territoire, puis se frotte aux marques laissées par les autres, et de proche en proche tout le clan finit par porter exactement la même odeur. Un individu qui sent l’étranger se fait chasser jusqu’à la limite du territoire.

D’où la règle. Poser la main sur un suricate, c’est le repeindre avec une odeur qui n’est pas celle de sa famille. Leur vue n’y est pour rien, elle est juste spécialisée ailleurs.

Le goûter des tigres de Sumatra, juste après. Ils sont deux, un mâle et une femelle, et le parc essaie de les faire reproduire. Les chiffres expliquent l’insistance : c’est la plus petite sous-espèce de tigre encore vivante, 140 kg tout au plus, et il en reste moins de 400 en liberté sur l’île, classés en danger critique d’extinction (WWF). Les accouplements en captivité ne sont pas laissés au hasard des parcs. Un registre généalogique suit chaque individu dans tous les zoos d’Europe, et un coordinateur décide qui va avec qui, quitte à faire voyager un tigre d’un pays à l’autre pour ça. Sans cette gestion, une population dont plus personne n’arrive de la nature devient consanguine en quelques générations, avec la fertilité qui chute et les malformations qui apparaissent. L’objectif du métier est de conserver 90 % de la diversité génétique de départ sur cent ans.

Fun fact : le goûter consiste à balancer de gros morceaux de viande rouge par-dessus le pont. Elisa se tenait juste à côté, et elle a pris une éclaboussure de sang.

Le tigre blanc, ensuite, qu’on a pu voir de très près. C’est l’animal qui m’a le plus impressionné de la journée, sans hésitation. Blanc crème rayé de noir, yeux bleus, truffe rose, et cette façon de passer à trois mètres sans t’accorder la moindre attention.

En rentrant, j’ai voulu savoir ce qui produit cette couleur. Ce n’est ni une sous-espèce ni de l’albinisme : c’est une mutation récessive du gène SLC45A2 qui bloque la fabrication des pigments orange et jaune sans toucher au noir, ce qui laisse les rayures en place et donne les yeux bleus (Current Biology, 2013). Et à peu près tous les tigres blancs en captivité descendent d’un seul mâle, Mohan, capturé en Inde en 1951, dont on a croisé les descendants entre eux pendant des décennies pour faire ressortir le caractère. La facture se paie en strabisme, en malformations et en mortalité des petits (Wikipédia).

Autrement dit, c’est très exactement ce que le registre des tigres de Sumatra sert à empêcher. Je l’ai trouvé sublime.

Le goûter des girafes pour finir. Le parc interdit de nourrir les animaux partout ailleurs, sauf là, encadré. J’ai pu lui donner sa branche. Une langue de cinquante centimètres qui vient la chercher dans ta main, ça ne se raconte pas bien, et c’est le moment que je garde de la journée.

On a refait un tour de train en fin d’après-midi juste pour en profiter, sans sortir l’appareil photo cette fois.

Notes

Le vrai reproche que j’avais en tête pendant la visite : on voit mal les animaux. Beaucoup restaient à l’ombre, loin, et certains je ne les ai pas vus du tout. Le 1er août il faisait chaud, ils avaient de la place, ils s’en sont servis.

Sauf qu’en faisant la division au retour, 80 hectares pour 1 500 bêtes, la frustration s’est retournée. Un zoo où tous les pensionnaires sont visibles en permanence, bien exposés face au public, c’est un zoo où ils n’ont nulle part où se cacher. J’ai payé pour mal voir, et c’était bon signe.

Ça ne rend pas la captivité innocente. Ça la rend moins pire, et je préfère rester honnête sur l’échelle. Cerza est du bon côté du curseur, avec de l’ombre partout, des circuits lisibles et rien d’oppressant.

Sept heures sur place sans voir le temps passer, alors qu’on avait prévu quelques heures. Prévoir la journée entière et de bonnes chaussures.

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