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affiche du film "memory of a killer" avec patrick dempsey et michael imperioli, montrant deux hommes et des éclats de verre symbolisant un esprit fragmenté

Série

Memory of a Killer : le tueur dont l'outil de travail est sa propre tête

thriller policier drame 5/7Bon

Angelo vend des photocopieuses à Cooperstown, une petite ville du nord de l’État de New York. Il est veuf, sa fille est enceinte, il a la tête de quelqu’un à qui on confierait ses clés. Quelques heures de route plus bas, à New York, il tue des gens pour le compte des Forlanni. Et il vient d’apprendre qu’il a un Alzheimer précoce, la maladie qui a déjà emporté son frère.

Le pitch à lui seul m’a suffi. Il attaque un métier par le seul endroit où il ne peut pas se défendre. Pour le commun des mortels, la mémoire est une commodité qu’on sous-traite sans même s’en apercevoir : plus personne ne connaît par cœur le numéro de téléphone de ses proches, on tape trois lettres d’un prénom et l’appareil compose à notre place. On fait pareil avec un trajet parcouru cent fois, en lançant le GPS par réflexe. Et ça ne coûte rien, parce que la sous-traitance est fiable et qu’on peut la consulter devant témoin. Le tueur à gages, lui, ne sous-traite rien. Sa valeur repose entièrement sur une exécution sans trace, donc chaque support qui pourrait compenser sa mémoire (un carnet, une note, une photo du visage de la cible) est aussi une pièce à conviction qui l’envoie en prison. Sa tête est son seul outil de travail et son seul coffre-fort. La maladie ne lui prend ni sa morale ni son courage. Elle lui prend sa compétence, et il n’a pas le droit de la remplacer par un post-it.

Ajoutez à ça le choix de Patrick Dempsey, qui est loin d’être neutre. Onze saisons de Grey’s Anatomy ont fait de son visage une garantie de gentillesse. La série s’en sert comme camouflage : quand Angelo range son arme et redevient le père tranquille de Cooperstown, on y croit instantanément, parce qu’on a passé une décennie à croire à ce visage-là. Dempsey a d’ailleurs dû préciser publiquement qu’il n’y aurait pas de crossover avec Grey’s Anatomy, ce qui en dit long sur ce que le public projette encore sur lui.

Et c’est là que la série se met à me gêner, sans que j’arrive tout de suite à le formuler.

Michael Imperioli joue le commanditaire. À la seconde où il entre dans le champ, je sais que le type est dangereux et qu’il a le bras long. Aucune scène ne me l’a dit. Six saisons des Sopranos l’ont fait à la place du scénariste, il y a vingt ans. Gina Torres, elle, arrive avec l’autorité de Suits déjà collée sur elle. Confiez exactement les mêmes répliques à des acteurs que personne ne connaît : il faut deux scènes pour installer la menace. Là, ça prend un plan.

C’est du travail d’écriture que la série ne fait pas, et qu’elle prélève sur ma mémoire télé. Voilà d’où vient une bonne part de son efficacité, et voilà aussi pourquoi elle sonne un peu creux quand on y regarde à deux fois : ses personnages secondaires ont été écrits ailleurs, par d’autres.

Une série sur un homme dont la mémoire s’efface, qui ne tient debout que grâce à celle du spectateur.

Les troubles d’Angelo s’aggravent et s’atténuent selon les besoins du scénario. Par exemple, il ne retrouve plus le code d’accès de son propre appartement, et il range son arme dans le réfrigérateur : c’est la barmaid qu’il a ramenée chez lui qui la trouve, posée à côté du lait. Huit jours plus tard, il tient une planque assez longue dans les bois pour retenir une conversation entière et s’en sert pour confronter Marty en lui annonçant qu’il a tout entendu, le tue au sabre, puis maquille la scène avec Joe pour faire porter le meurtre à un autre. Le même homme, à deux épisodes d’écart. La maladie devient un potentiomètre. On la monte pour la tension, on la baisse quand il faut qu’Angelo résolve quelque chose.

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