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cinq personnages en costumes historiques et exotiques posent devant une plage tropicale au coucher du soleil

Série

Sandokan : 8 épisodes pour fabriquer le Tigre de Malaisie

Jan Maria Michelini, Nicola Abbatangelo

aventure historique 5/7Bon

Huit épisodes en trois jours. Je n’avais pas enchaîné comme ça depuis un moment.

Ce qui m’a accroché n’est pas ce que j’allais chercher. Je venais pour des abordages. J’ai eu une histoire d’un type qui ne sait pas d’où il vient.

La saison ne raconte pas l’histoire que je croyais

Chez Salgari, Sandokan est déjà le Tigre de Malaisie quand on ouvre le livre. Le mythe est posé, l’île de Mompracem est son QG, on démarre à pleine vitesse.

La série fait le choix inverse. Huit épisodes pour fabriquer le Tigre, et Mompracem qui reste largement hors champ, apparemment gardée pour la saison 2.

Le fil : Sandokan découvre que son vrai nom est Aliyak, qu’il appartient au peuple Murut, et que les siens crèvent dans les mines d’antimoine du sultan de Brunei. Rien de tout ça n’est dans les romans. C’est une origin story écrite pour la télé.

Le découpage suit ça de près :

  • 1. Le Tigre de Malaisie. Attaque d’un navire, libération d’un prisonnier dayak. La séquence qui pose le personnage.
  • 2. La Perle de Labuan. Les 21 ans de Marianne. Sandokan et Brooke sont invités au même bal. Tout le reste de la saison sort de cette pièce.
  • 3. L’otage. Le raid sur les mines d’antimoine.
  • 4. Singapour. La respiration, et le moment où Brooke et le sergent Murray resserrent l’étau.
  • 5 et 6. Au cœur de la jungle / Dans les ténèbres. Le village dayak caché, le vieux chef, et le passé qui remonte par morceaux.
  • 7. Mort d’un pirate. Face-à-face avec le sultan.
  • 8. Le Prix de la victoire.

J’ai un réflexe de méfiance devant les séries qui transforment le premier chapitre du bouquin en saison entière. C’est devenu un tic de l’époque : faire durer la promesse au lieu de la tenir. Ici ça passe, parce que ce qui est retardé n’est pas un rebondissement mais une identité. Sandokan ne cache pas un secret au spectateur. Il ne le connaît pas lui-même. La différence change tout : on n’attend pas une révélation, on regarde un homme se construire une raison de se battre.

Le prix à payer, c’est un démarrage poussif. Les deux premiers épisodes sont plats, et si j’avais regardé un épisode par semaine sur la Rai (télévision publique italienne) j’aurais probablement lâché avant le troisième. En binge (le fait de regarder plusieurs épisodes d’affilée), ça tient.

Le meilleur duo de la série n’est pas celui de l’affiche

L’histoire d’amour Sandokan / Marianne est le moteur annoncé. C’est aussi ce qui marche le moins.

Alanah Bloor est bonne. Elle a même reçu le prix de la révélation de l’année au Capri Hollywood, et son personnage est mieux écrit que la moyenne du genre : une femme coincée entre son père, son rang et ce qu’elle veut. Elle n’y est pour rien : ce sont les scènes avec Can Yaman qui restent polies. Ils se regardent beaucoup, et il ne se passe pas grand-chose.

Là où ça prend, c’est entre Sandokan et Yanez. Alessandro Preziosi arrive avec un Yanez qui ressemble d’abord à un hommage un peu appuyé à Jack Sparrow, chapeau compris, et qui devient au fil des épisodes le seul personnage capable de dire à Sandokan qu’il se raconte des histoires. Le lien entre ces deux-là a une texture que la romance n’atteint jamais. J’ai lu la même remarque dans plusieurs critiques, donc je ne suis pas le seul à l’avoir vu.

Ed Westwick, lui, s’amuse beaucoup en Lord James Brooke. Le Chuck Bass de Gossip Girl a vieilli en administrateur colonial, même mépris tranquille, même façon d’occuper une pièce. Sa meilleure séquence est la chasse au tigre : Sandokan sauve Marianne d’un fauve, et on voit Brooke, en arrière-plan, commencer à assembler des indices sur l’identité réelle de cet homme. Aucune réplique ne l’explique, ça se joue entièrement sur son visage. Can Yaman a tourné ses cascades sans doublure, et ça se sent dans les combats à l’arme blanche. Meilleure scène de la première moitié.

Le vrai reproche : tout le monde est trop propre

On sort d’un abordage, on a perdu la moitié de l’équipage, et la barbe est encore taillée au millimètre. C’est une esthétique qui privilégie la perfection sur le grain. Le Sandokan de 1976 avait de la crasse sous les ongles. Celui-ci sort d’un shooting.

Ça n’est pas qu’une question de maquillage. Quand personne ne saigne vraiment, l’Empire devient un adversaire de fiction, et la violence coloniale que la série prend la peine de mettre au centre perd de son poids.

Ce que la série ose quand même

Elle ne planque pas le sujet. L’Empire britannique n’est pas un décor exotique, il extrait, il déplace, il vend des gens. Les mines d’antimoine ne sont pas un simple prétexte à l’intrigue (McGuffin), elles sont le mécanisme économique qui explique le reste.

Et le sultan de Brunei n’est pas épargné. La série montre un pouvoir local qui fournit la main-d’œuvre à la machine coloniale et qui y trouve son compte. Pour une fiction familiale, financée en partie par une région italienne, c’est plus frontal que je ne m’y attendais.

Ce que j’ai trouvé en fermant Prime Video

Trois choses, rapidement, parce qu’elles éclairent la série sans en faire partie.

  1. Lord James Brooke a existé. Aventurier anglais, il aide le sultanat de Brunei à écraser une révolte avec l’artillerie de sa goélette privée, et se fait installer Rajah du Sarawak le 24 septembre 1841. Un lord devenu monarque d’un morceau de Bornéo, sur trois générations. L’histoire officielle en fait un modernisateur. Salgari, lui, en a fait son méchant, en 1896, dans un pays qui était en train de se construire son propre empire en Afrique.

  2. Emilio Salgari signait « Capitaine Salgari » et racontait avoir navigué les sept mers. Il n’a jamais dépassé l’Adriatique. Trois mois entre Venise et Brindisi, et une école nautique quittée sans diplôme. Bornéo, il l’a construit dans une bibliothèque de Turin, à partir de dictionnaires géographiques et de récits d’explorateurs, assez bien pour que des millions d’Européens croient connaître l’endroit. Il est mort en 1911, ruiné, après avoir vendu ses manuscrits au forfait à des éditeurs qui, eux, s’enrichissaient.

  3. La série de 2025 a été tournée en Calabre et à La Réunion, pas à Bornéo. 130 ans plus tard, la production applique exactement la méthode de l’auteur : fabriquer l’ailleurs sans y aller. Ironique non ?

Je regarderai la saison 2

Ce que j’attends surtout, c’est Mompracem. La saison 1 a passé huit heures à expliquer pourquoi cet homme se bat. Maintenant qu’il le sait, j’aimerais bien le voir faire ce pour quoi on est venus.

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